Sappho

Sappho
Juste avant de partir pour le Festival de Sèvres, nous souhaitions mettre en lumière l'une des plus célèbres poétesses de tous les temps : Sappho...
La seule évocation de Sappho nous plonge immédiatement dans un imaginaire luxuriant, pour ne pas dire luxurieux.
La poétesse grecque, dont Platon disait qu'elle était la « dixième Muse », fait immédiatement référence à un univers trouble dans lequel l'homosexualité féminine prend une place essentielle. Singulièrement réductrice, cette approche occulte partiellement l'influence considérable exercée par Sappho tout au long de l'Antiquité.
Même si son nom et celui de son île, Lesbos, font ostensiblement référence au lesbianisme, la postérité ne s'y est guère trompée et la cohorte des admirateurs de Sappho est presque innumérable. Outre Platon, on peut citer Ovide, Paul le Silentiaire, Jodelle, Baudelaire, Pierre Louÿs, Madeleine de Scudéry, Amy Lowell, Marguerite Yourcenar, Renée Vivien, Chateaubriand, Maurice Gounod, Lawrence Durrell.
Et beaucoup d'autres à leur suite.
Selon les sensibilités de chacun, différentes facettes de cette personnalité hors norme furent successivement mises en lumière. Et le flot ininterrompu des siècles, 2 600 ans pour être précis, auréole de fantasmes et de mythes la légende d'une vie qu'aucun document ne pourra étayer.
En filigranes multiples et soigneusement imbriqués, se dessinent ainsi : la poétesse inspirée, la première grande figure de l'érotisme littéraire, la lesbienne assumant pleinement ses préférences sexuelles, l'amoureuse passionnée se jetant des falaises de Leucade afin de sublimer sa passion pour le beau Phaon, l'inspiratrice géniale de centaines de jeunes femmes qui purent ensuite exprimer leur talent à travers la musique, la poésie, la danse ou le chant.
Eternel palimpseste littéraire sur lequel chacun peut réécrire une partition ou un poème sans prendre le risque d'être démenti, Sappho symbolise une entité complexe dont l'essence même nous échappe mais que nous nous approprions définitivement, l'inscrivant ainsi dans chaque fibre de notre c½ur, dans chaque repli de notre âme.
Et cette essence est simplicité, humilité et bonheur de vivre.
La parole de Sappho est avant tout frisson, moutonnement de soi-même en quelque sorte, préludant ainsi la très belle évocation de Stefan George : « Je ne suis qu'un ébranlement de la voix sacrée » (Ravissement).
La « voix sacrée » que nous transmet Sappho, fut-ce à travers des fragments épars, ébranle encore nos esprits, nos émotions et nos âmes, révélant ainsi sa totale et intemporelle prégnance.
Que savons-nous en fait de cette figure illustre que les méandres du temps opacifient progressivement ?
Sappho est née à Erèse, une petite ville proche de Mytilène, dans l'île de Lesbos entre 630 et 612 avant Jésus Christ. Située près de la Lydie, cette île était à l'époque une cité-état indépendante qui s'enorgueillissait d'être un foyer culturel majeur dont l'importance rayonnait à travers toute la Grèce antique.
Les parents de Sappho appartenaient à l'aristocratie de Lesbos. Son père s'appelait Scamandronymos et sa mère Cléïs. Sachant que la poétesse n'évoque jamais son père alors qu'elle donna le nom de sa mère à sa fille, on peut supposer qu'elle fut plus proche de sa mère que de son père.
Sappho avait trois frères : Charaxos, Larichos et Eurygios. L'aîné commercera avec l'Egypte et le comptoir grec de Naucratis.
Peut-être contre son gré, elle fut mariée très jeune à un marchand qui s'appelait Kerkôlas. L'origine triviale de ce nom, kerkos signifiant membre viril, laisse à penser que le mariage fut loin d'être idyllique et que l'amour n'était probablement nullement partagé à l'unisson. De cette union incongrue naquit une fille, Cléïs, qui lui apporta un immense bonheur et qu'elle chérit tendrement.
Sappho semble avoir été très rapidement dégagée de toute obligation maritale, soit en raison d'une séparation, soit à la suite d'un veuvage précoce.
A partir de cet instant elle se partagea entre création et formation de ses jeunes élèves au sein d'une Maison des Muses, communauté féminine qui peut s'apparenter simultanément à une Académie artistique et à un Cercle littéraire.
Hélas, les aléas politiques et les rudes affrontements prévalant au sein de l'oligarchie qui régnait à Lesbos obligèrent de nombreux artistes à s'exiler en Sicile. Ce fut le cas pour Sappho lorsque Mélanchros, le tyran de Mytilène, prit le pouvoir. Elle vécut donc quelques années en Sicile sans qu'il soit possible de savoir avec certitude si sa réputation lui valut un accueil enthousiaste ou mitigé.
Lorsqu'un nouveau tyran, Pittacos, s'empara à son tour du pouvoir, Sappho fut graciée ainsi que de nombreux poètes et musiciens, dont son ami Alcée.
Reprenant son activité première, elle forma de nombreuses jeunes filles de la noblesse de Lesbos auxquelles elle enseigna la science de la lyre et l'art délicat de la composition d'odes. Poèmes lyriques enflammés, celles-ci concélébraient la puissance de l'amour et la suavité d'un désir naissant.
Etant douée aussi bien pour la musique que pour la poésie, Sappho inventa une nouvelle espèce de lyre. Appelée « magadis », cette dernière était un peu plus petite que les lyres traditionnelles utilisées à cette époque. Elle inventa aussi un nouveau mode musical, le mode mixo-lydien, qui convenait parfaitement lors de la transcription d'atmosphères mélancoliques ou passionnées.
Dans le domaine particulièrement exigeant de la poésie, elle inaugura un nouveau type de strophe, que l'on nomme désormais strophe saphique. Celle-ci est composée de quatre mètres, les trois premiers de onze syllabes chacun et le dernier de cinq syllabes seulement.
Bouleversante, son ½uvre poétique révéla la vraie lumière des femmes.
Se livrant totalement, elle se met à nue et décrypte en mille reflets versicolores toutes les facettes d'une âme généreuse et passionnée.
Artiste accomplie, elle composa aussi des ½uvres à la commande, satisfaisant avec élégance les exigences d'absolu et de pureté de ses contemporains. Dans le domaine strictement poétique, l'étendue de ses talents est presque incroyable. Elle composa de nombreuses épigrammes, des ïambes et chants nuptiaux, mais aussi des élégies, monodies, épithalames et strophes saphiques, révélant ainsi la perfection rythmique de ses compositions.
Son ½uvre est colossale. On l'estime à plus de 12 000 vers.
Il nous en reste quelques fragments épars : 660 vers laborieusement glanés dans les arcanes du temps.
L'émotion est essentielle chez Sappho. Une émotion qui règne sans partage.
Frisson délicieux, cet ébrouement sensuel s'impose, nous enveloppe et nous pousse à outrepasser les limites de notre propre ego, réfugiant ainsi notre âme et notre être intime dans les plus hautes sphères d'une spiritualité quiète et somptueuse.
Avec Sappho, un être fruste devient le chantre halluciné des vérités fondamentales qui jaillissent sans cesse autour de nous et que nous ignorons superbement.
La Beauté pure s'insinue alors en nous et fait jaillir un torrent de larmes.
La plus belle semence imaginable.
Afin de symboliser très imparfaitement cette émotion qui cascade et rejaillit sans cesse à l'évocation de cette poétesse divinement douée, il convient d'emprunter quelques vers à Théophile Gautier qui, dans « Emaux et Camées », évoque les marbres de Paros à travers un superbe poëme de la femme :
« Un jour, au doux rêveur qui l'aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poëme ,
Le poëme de son beau corps.
D'abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d'infante
Un flot de velours nacarat [...]
Glissant de l'épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s'abattre sur ses pieds blancs.
Pour Apelle ou pour Cléomène,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.
De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d'eau,
Grains laiteux qu'un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau
»
L'auteur du « Roman de la momie » et de « Capitaine Fracasse » poursuit un peu plus loin :
« Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d'argent bruni,
Et l'on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l'infini
»
On pourra arguer que des "paupières qui battent des ailes" constitue une licence poétique qui n'est peut être plus totalement en phase avec notre époque, mais Théophile Gautier insuffle dans ces quelques strophes une grandeur immaculée (les poètes préfèrent dire immarcescible...) que le temps fige un instant, parcelle d'éternité qui résonne en nous en évoquant parfaitement Sappho, son époque et l'atmosphère harmonieuse et languide qui prévalait alors.
Le marbre de sa chair est en nous.
Ses prunelles montant dans la nacre de l'infini sont en nous.
Sappho est notre fille, notre femme, notre s½ur.
Sappho est éternelle.
Au-delà de son talent inouï à extraire la quintessence des formes, des émotions et des êtres, Sappho fut naturellement une femme amoureuse.
Sappho aima les jeunes femmes, chacun le sait.
Elle aima Atthis, Abanthis, Pleistodica, Mnasidika, Gyrinnö, Anactoria et beaucoup d'autres.
Certains de ses admirateurs essayèrent, maladroitement, de dissimuler ce qu'ils considéraient comme une regrettable erreur susceptible d'entacher la réputation de cette artiste exceptionnelle.
Ils avaient tort.
Sappho concrétisa la capacité d'aimer dans sa forme la plus pure, la plus élégante, la plus intense. Et la plus douloureuse sans doute.
On retrouve par ailleurs cet hymne à l'amour en écho décalé dans le Cantique des Cantiques : « Les eaux multiples ne pourront éteindre l'amour, les fleuves ne les submergeront pas ».
Avec Sappho le désir devient souffrance. Le désir devient cristal. Le désir devient pureté transcendante.
Ecoutons la poétesse nous conter les exigences exorbitantes et délicieuses de la passion :
« Ah ! ce désir d'aimer qui passe dans ton rire. Et c'est bien pour cela qu'un spasme étreint mon c½ur dans ma poitrine. Car si je te regarde, même un instant, je ne puis plus parler »
« Mais d'abord ma langue est brisée, un feu subtil a couru en frisson sous ma peau. Mes yeux ne me laissent plus voir. Un sifflement tournoie dans mes oreilles »
« Une sueur glacée couvre mon corps, et je tremble, tout entière possédée. Et je suis plus verte que l'herbe. Me voici presque morte, je crois...
».
Vingt six siècles plus tard nous ne transcrivons guère mieux l'émoi amoureux et ses étranges conséquences...
Sappho continue à nous tenir par la main, à nous montrer un chemin qui sinue dans l'azur et dont l'issue semble toujours incertaine.
Incertaine et féconde.
Comme le signale parfaitement Yves Battistini dans son édition des Odes et fragments de la poétesse grecque : « Sappho demeure notre perpétuelle contemporaine ».
Contemporaine et amie...

Prochains articles :
- Leucochloridium paradoxum & Cordyceps unilateralis : deux monstres fascinants
- Immersion dans les eaux du Léthé
- Labyrinthes, ouroboros et fractales...
- Artamène ou Le Grand Cyrus
- L'émouvante taciturnité des pierres
- L'univers est-il né d'un simple spasme du vide ?
- Presque immortels... les Tardigrades !
- L'odieuse étreinte de la Vierge de fer
- Voir le Monde dans un grain de sable...
- L'héroïsme de l'insondable
- Extravagantes, inquiétantes, magiques : des exoplanètes à foison
- Les raisins de Zeuxis
- Entre ombre et lumière : Ann Radcliffe et Ida Pfeiffer
- Coincidentia Oppositorum
- La gravitation quantique à boucles
- Le Monde selon Whitehead
- L'énigmatique VIe siècle av J.C.
- Sous le soleil de Minos
- Le désert en apothéose
- Ainsi parla Zarathoustra...


Oksana & Gil
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# Enviado em Quinta 10 Dezembro 2009 08:51

Dialogue avec une mygale

Dialogue avec une mygale
Il est toujours simultanément passionnant et attristant d'assister en spectateur muet à une discussion entre plusieurs personnes. En quelques secondes on a tout compris : on va encore assister à un dialogue de sourds...
En effet, même si la discussion est dénuée de toute visée polémique et de toute agressivité, on s'aperçoit immédiatement que chacun parle pour soi et que l'écoute de l'autre est une ambition remisée aux oubliettes. Au-delà même des mots, la gestuelle et les mimiques se suffisent à elles-mêmes. Lorsqu'une personne parle, l'autre -ou les autres- réfléchissent déjà à leurs propres réponses.
C'est ainsi que chacun pérore à l'aune de sa propre logique sans réellement chercher le sens congru du discours de l'autre. Ceci est parfaitement logique car chaque être humain s'aheurte sans cesse aux frontières immatérielles de sa propre « bulle émotionnelle et psychique ».
Nous ne sommes pas indifférents aux autres -espérons-le en tout cas- mais seules les ramifications de l'autre qui nous concernent vraiment nous intéressent. Tout le reste s'embrume et se noie dans un brouhaha informationnel que l'on oublie à la seconde.
C'est pour cette raison que les discussions constructives au sein de la famille, avec les amis, les collègues de travail ou les relations extérieures, n'abordent que la surface des choses.
Nous avons déjà plusieurs fois évoqués ici ce que nous décrivons comme étant le « paradigme de l'iceberg ». Paradigme que l'on peut résumer ainsi : tout comme l'iceberg dont nous ne voyons émerger que 10% de la masse totale, l'invisible l'emporte toujours au détriment du visible. Or comme nous ne nous intéressons souvent qu'aux apparences, nous frôlons sans cesse la vraie vie en nous réfugiant prudemment au sein d'une mince bulle qui nous évite de nous impliquer réellement.
C'est ainsi que les discussions entre les êtres humains sont généralement infécondes. Elles se concrétisent uniquement lorsque de réels centres d'intérêts réunissent les êtres.
Naturellement ce cas de figure est rare. Trop rare.
Conscient de ce constat que chacun peut aisément faire, prétendre dialoguer avec une mygale peut paraître absurde, extravagant ; voire malsain.
Et pourtant...
Mais avant d'aller plus loin, il n'est probablement pas inutile de nous remémorer ici quelques détails concernant ces charmantes bêtes poilues.
Les mygales forment un sous-ordre d'araignées appartenant au groupe des orthognathes. Le sous-ordre compte actuellement 15 familles, lesquels totalisent 301 genres et 2456 espèces.
Les mygales, comme les autres araignées, sont dépourvues de squelette interne (endosquelette). En effet, elles ne possèdent qu'une cuticule qui joue le rôle de squelette externe (exosquelette). Les animaux à mue ont une croissance non linéaire car l'épiderme synthétise des protéines qui forment une couche non cellulaire au niveau de la surface du corps: la cuticule.
Cette couche est plus ou moins rigide, ce qui empêche l'organisme de croître. Ainsi, l'animal doit donc se débarrasser de cette exuvie afin de continuer sa croissance. Lorsqu'elles sont jeunes, les mygales muent tous les deux ou trois mois, à chaque stade de la croissance, laissant régulièrement ainsi des exuvies dans leur sillage.
L'une des plus intéressantes mygales est parfois appelée « mygale à genoux rouges » ou « grande mygale mexicaine ». Son nom scientifique est infiniment plus poétique : Brachypelma smithi.
Cette mygale est d'un naturel placide. Elle mesure parfois 8 centimètres de diamètre ce qui la rend assez impressionnantes pour celles et ceux qui sont arachnophobes.
De plus en plus rare dans son habitat d'origine, Brachypelma smithi est désormais élevée en terrarium ou sa reproduction ne pose aucun problème.
Cette araignée facétieuse et peu agressive nous interpelle car elle semble se situer très au-delà du relationnel habituel des humains. Or cette limitation est bien regrettable car un contact est tout à fait envisageable avec cette créature qui fascine et surprend en même temps.
Un reportage étonnant illustrait ceci il y a quelques années. L'histoire se passait à New York. On voyait une fillette d'une dizaine d'années jouer avec une grosse mygale à genoux rouges tout en tissant avec elle une relation qui outrepassait largement les barrières sclérosantes qui emprisonnent l'immense majorité des êtres humains ; même ceux qui se prétendent totalement désinhibés...
La mygale vivait une grande partie du temps sur les épaules de la fillette et regardait la télévision en même temps qu'elle, démontrant éloquemment ainsi que deux êtres fondamentalement différents peuvent « partager » des attitudes, des gestes, des relations.
On peut donc dialoguer avec une mygale, même si le sens du mot doit être pris ici dans un sens très large.
Mais l'émotion prévaut, et c'est ce qui importe.
L'histoire de cette petite fille et de sa mygale de compagnie peut donner le sentiment d'être une anecdote sympathique ; sans plus.
Hélas, il suffit de se promener dans la rue, ou de regarder les informations télévisées pendant une demi-heure, pour réaliser immédiatement qu'il est apparemment beaucoup plus difficile de dialoguer avec certains êtres humains... qu'avec une mygale !
L'ostracisme, le rejet de l'autre et la haine des différences demeurent constants. Il est affolant de constater qu'une fillette peut établir une relation forte et pérenne avec une mygale à genoux rouges, alors que des millions d'êtres humains se haïssent tout simplement parce qu'ils refusent de connaître l' « autre » et de dialoguer avec lui.
Nous serons neuf milliards en 2050 et le contexte environnemental et social sera considérablement plus difficile qu'en 2009.
Que faire ?
Observons les mygales et posons-nous une question toute simple : nos différences doivent-elles nous enrichir ou nous opposer ?
L'avenir du Monde est dans la réponse que ces neuf milliards d'êtres humains donneront à cette question d'une déroutante simplicité.
Qui veut parier sur le résultat ?

Prochains articles :
- Coincidentia Oppositorum
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Oksana & Gil
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# Enviado em Domingo 06 Dezembro 2009 11:40

Couverture définitive de notre second roman...

Couverture définitive de notre second roman...
Nous avons le plaisir de vous montrer la couverture définitive de notre second roman : "Katharsis" qui paraîtra en Mars 2010 aux Editions Interkeltia.
Ce récit de SF se déroule dans un futur relativement proche et s'apparente à un thriller écologique.
Il est préfacé par le philosophe et écologiste Yves Paccalet.
Yves a écrit plus de 70 ouvrages consacrés à l'écologie et à la protection de la Nature, dont une vingtaine coécrit avec le Commandant Cousteau.
Son plus célèbre essai : "L'Humanité disparaîtra, bon débarras !" est un pamphlet cruel et lucide qui nous replace tous à l'aplomb de notre propre aveuglement.
Notre roman apporte sa modeste pierre à l'édifice que celles et ceux qui refusent la fatalité d'une 6e extinction de masse dont l'Homme serait simultanément la victime et l'auteur.

Oksana & Gil
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# Enviado em Quinta 03 Dezembro 2009 10:37

Sol invictus...

Sol invictus...
Dans chacun de nos romans nous nous efforçons d'abolir les carcans intellectuels que nous bâtissons sans cesse autour de nous. Cette démarche transgressive surprend parfois, mais sa finalité est simple : éveiller le dormeur qui gît en nous.
Cette quête implique aussi que nous soyons capables d'identifier les signes et les instants magiques qui constellent une existence.
Rainer Maria Rilke résume bien cette fugacité de l'instant lorsqu'il écrit : « Comme une fêlure elle traverse le ciel, cette hyperbole sans espoir, qui ne s'incline qu'une seule fois vers nous et s'en éloigne de nouveau, terrifiée... » (Les Cahiers de Malte Laurids Brigge).
Saisir et comprendre cette « hyperbole éphémère » qui traverse notre vie tel un météore est difficile.
Pour cela, il faut savoir aimer, il faut savoir rêver.
Pas facile...
L'exemple qui suit s'inscrit au c½ur des rites propres à une divinité orientale qui eut beaucoup de succès à Rome : Mithra.
Un instant particulier émerveillait chaque année les adeptes de ce dieu qui s'inscrit dans une cosmogonie originale et atypique : le solstice d'hiver. Son symbolisme est récurrent dans toutes les religions et dans tous les mythes.
Le solstice d'hiver marque la nuit la plus longue, mais c'est aussi l'instant précis où les jours commencent à rallonger.
C'est en quelque sorte la victoire de la lumière sur les ténèbres.
Dans le culte de Mithra cet instant particulier justifiait un banquet où l'on célébrait la victoire de l'astre du jour. C'était l'instant du Sol invictus.
Voilà l'histoire...
Mithra est un dieu d'origine indo-iranienne. Son nom -mitra en védique, la langue religieuse ancienne de l'Inde- signifie "ami", "contrat".
C'est un dieu bienveillant qui protège et veille à l'ordre du monde ; c'est aussi le dieu du serment, de l'alliance.
Le premier texte connu mentionnant cette divinité est un traité conclu entre des rois orientaux (Asie Mineure et Mésopotamie) vers 1380 av. J. -C.
Malgré le succès des conceptions de Zarathoustra, réformateur religieux iranien, qui affirme au VIème siècle avant notre ère l'existence d'un dieu souverain et suprême (Ahura Mazda) qui s'oppose à l'esprit du mal et qui bannit les « anciens » dieux, assimilés à des démons, Mithra continue à être honoré.
Lié à la lumière, il est le protecteur aussi bien des troupeaux que de ceux qui défendent leur territoire.
Au VIe siècle avant J. -C., Mithra est vénéré chez les Perses de manière officielle, en tant que divinité tutélaire du souverain.
Après la chute de l'empire perse, d'autres royaumes, ceux d'Arménie et du Pont par exemple, pratiquent le culte de Mithra. Ainsi les rois du Pont prennent-ils le nom de Mithridate, "donné par Mithra".
Au premier siècle avant J.- C., des éléments de la mythologie gréco-romaine se mêlent aux légendes concernant Mithra, faisant de ce dernier un dieu hellénisé : on rapproche par exemple Mithra du dieu solaire Hélios - Apollon.
Il est difficile de le dire pour quelles raisons cette croyance d'origine asiatique a pu se répandre ainsi jusque dans le monde romain. Nous avons peu de connaissances sur la transition entre le dieu iranien et la divinité gréco-romaine. On ignore en particulier comment ce culte est devenu dans le monde romain une religion à mystères, caractéristique qu'elle ne possédait pas auparavant.
Dans l'interprétation qu'en donnent les Romains, le mithriacisme repose sur une conception mythique de l'histoire de l'univers. A l'origine, un dieu, Saturne, sort du chaos. Puis il désigne un successeur, Jupiter, à qui il remet l'insigne du pouvoir absolu : la foudre. Pour combattre le mal, présenté sous la forme d'une sécheresse qui détruit la vie, naît Mithra, qui surgit d'un rocher tenant une torche et un glaive.
C'est à lui de veiller sur l'ordre du monde, d'assurer sa survie en luttant contre les esprits mauvais, en le sauvant de la sécheresse, de la soif, de la mort des troupeaux.
Mithra va en effet produire de l'eau en faisant miraculeusement jaillir une source d'une paroi rocheuse.
Puis il se met à la poursuite du taureau dont le sacrifice redonnera au monde la force vitale. Il capture la bête, la maîtrise et l'égorge dans une caverne, comme il en a reçu l'ordre du Soleil, par l'intermédiaire d'un corbeau messager.
Les représentations romaines de cette scène sont très nombreuses : Mithra est vêtu d'un bonnet perse, d'un pantalon phrygien. Il est figuré en pleine action, dans une scène très dynamique, où le vent gonfle son manteau. Autour du dieu et du taureau sacrifié, on note la présence d'autres animaux, un chien, un serpent, un scorpion, mordent les parties génitales du taureau, filigranant ainsi autant de figures et d'actes symboliques.
Reprenons la légende...
Quand Mithra arrive dans la grotte, un corbeau envoyé par le Soleil lui annonce qu'il doit faire un sacrifice, et le dieu, soumettant le taureau, lui enfonce le couteau dans le flanc. Du blé sort de la colonne vertébrale du taureau, et du vin de son sang. Recueillie par la lune, sa semence produisit les animaux utiles aux hommes.
D'autres interprétations peuvent être prises en compte ici
David Ulansey, un auteur non traduit en français, propose une explication radicalement différente. Selon sa théorie, Mithra est un dieu si puissant qu'il est capable de transformer l'ordre même de l'Univers.
Le taureau serait le symbole de la constellation du Taureau. Au début de l'astrologie, en Mésopotamie, entre le 4000 et le 2000 av. J.-C., le Soleil était au niveau du Taureau pendant l'équinoxe de printemps. À cause de la précession des équinoxes, le Soleil se place durant l'équinoxe de printemps dans une constellation différente tous les 2160 ans à peu près, ainsi il passa dans le Bélier vers l'an 2000 av. J.-C., marquant la fin de l'ère astrologique du Taureau.
Le sacrifice du taureau par Mithra symboliserait ce changement, causé, selon les croyants, par l'omniprésence de leur dieu. Cela expliquerait aussi les animaux qui figurent sur les images de la tauroctonie : le chien, le serpent, le corbeau, le scorpion, le lion, la coupe et le taureau qui s'interprètent en tant que constellations du Petit Chien, de l'Hydre, du Corbeau, du Scorpion, du Lion, Verseau et Taureau, toutes placées dans l'équateur céleste pendant l'ère du Taureau.
L'hypothèse expliquerait aussi la profusion d'images zodiacales dans l'iconographie mithraïque.
Le sang qui jaillit de la blessure, comme le sperme de l'animal, sont ainsi des principes vitaux qui vont permettre la régénération du monde.
Cette victoire est célébrée par un grand banquet où sont présents le Soleil et Mithra.
Ce dernier, devenu « Sol invictus », c'est-à-dire le Soleil à la fois invaincu et invincible, monte vers le ciel en char solaire. Le mythe semble alors faire apparaître la prédominance de Mithra sur le Soleil.
Mithra est souvent accompagné, dans l'iconographie, par le Soleil et la Lune, placés de part et d'autre du dieu. Deux personnages sont également présents : Cautès, placé à gauche, sous le Soleil, porte une torche levée, et Cautopatès, à droite, sous la Lune, baisse la sienne vers le sol. L'un est le soleil levant, l'autre le soleil couchant, Mithra occupe la place intermédiaire : il tient symboliquement une position médiane.
Ces figures renvoient au déroulement du temps et rappellent l'importance des astres et du cosmos.
Une autre interprétation du mythe considère que le sacrifice du taureau représente la libération de l'énergie de la Nature. Le serpent, comme dans le symbole de l'Ouroboros, serait une allusion au cycle de la vie ; le chien représenterait l'Humanité, alimentant symboliquement le sacrifice, et le scorpion pourrait être le symbole de la victoire de la mort.
On peut affirmer en tout cas que, pour les fidèles, le sacrifice du taureau avait probablement un caractère salutaire, la participation aux mystères garantissant l'immortalité.
Le moment clef de ce rituel propre au culte de Mithra se situe donc lors du « Sol invictus ». Cette précellence absolue du soleil et l'identification d'un moment privilégié nous remémore immédiatement un autre symbole directement afférent : l'heure de midi.
Cette « heure sans ombre » que Nietzsche privilégia en évoquant une « demi-éternité » (Ainsi parlait Zarathoustra) symbolise, en raison de sa position centrale et axiale, l'image presque parfaite de ce qui croît et décroît, ce qui s'éclipse et ce qui accède enfin au révélé...
Dans certains textes anciens ont décrit cet instant fugace et magique à la fois en parlant de la « sagesse du Midi ». Or cette heure est équivoque car son caractère éphémère au sommet de la croissance du jour et à l'aplomb de son déclin révèle parfois des atmosphères lourdes et folles. Des atmosphères simultanément aériennes, somptueuses, ignées, mais aussi proches de la lave qui gronde.
Une ode au soleil à la lisière d'un lac de soufre.
Dans un article précédent nous avons évoqué un lieu magique et parfaitement inhabitable en Ethiopie : les lacs de Dallol dans la dépression du Danakil.
La symbolique du Midi (dans sa version nietzschéenne en tout cas), s'inscrit parfaitement dans cette logique où s'aheurtent sans cesse des émotions contradictoires. Il en est de même lors du « Sol invictus » propre aux rituels de Mithra. Le soleil et Mithra s'opposent.
Avant de se réunir...
Ce simulacre de dualité se résout au final. Et le Tout représente alors bien plus que la somme de ses parties. C'est exactement le point de départ de notre démarche lorsque nous avons décidé d'écrire ensemble.
Cette « coïncidence des opposés » annihile les différences fallacieuses que les êtres érigent toujours entre eux.
L'imagination, le rêve, la sensualité et l'émotion prévalent alors.
Comme le précisait le poète Joe Bousquet « Le monde serait l'apothéose de la discontinuité et du démembrement si nous ne l'enfermions pas dans le rêve où nos yeux se souviennent » (Mystique).
Conservons donc ce rêve en nous. Longtemps...

Prochains articles :
- Dialogue avec une mygale
- Coincidentia Oppositorum
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- L'énigmatique VIe siècle av J.C.
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Oksana & Gil

# Enviado em Sexta 27 Novembro 2009 06:15

Modificado em Sexta 27 Novembro 2009 11:08

La vie acéphale...

La vie acéphale...
Nous l'avons déjà plusieurs fois mis en lumière dans ce blog : la vie s'exprime parfois par le biais de l'indicible, de l'ahurissant : de l'incongru...
L'exemple qui suit en constitue une illustration presque parfaite. Et ce constat est riche de potentialités nouvelles.
Avant cela, évoquons brièvement ici l'histoire de Mike.
Aussi étonnante soit-elle, cette anecdote est véridique...
Le 10 septembre 1945, un fermier nommé Lloyd Olsen alla chercher un poulet dans la cour de sa ferme de Fruita, dans le Colorado. Il choisit un petit coq surnommé Mike, qu'il entreprit de décapiter d'un coup de hache.
Lloyd visa de son mieux pour garder l'os du cou, la partie préférée de sa belle-mère. Or celle-ci étant invitée à dîner, le fermier souhaitait lui faire plaisir.
Lorsque la hache s'abattit, Mike déambula encore quelques instants, comme la plupart des volailles le font dans ce cas-là. Mais, au lieu de succomber au bout de quelques secondes, il sembla reprendre normalement sa vie de coq, essayant de lisser son plumage tout en picorant machinalement.
Sans succès, car le malheureux était désormais privé de sa tête !
Devant un tel acharnement à survivre, Lloyd Olsen décida de prendre soin du miraculé.
Il commença à le nourrir à l'aide d'une pipette qu'il remplissait de lait, d'eau, et de petits grains de maïs. Lorsque Mike s'étouffait dans ses propres secrétions, les membres de la famille Olsen lui nettoyaient la trachée avec une seringue.
Très vite, l'histoire du coq sans tête se répandit dans la région, entrainant des rumeurs de canular que l'on peut aisément comprendre dans un semblable contexte.
Pour démentir ces rumeurs et mettre fin aux quolibets, Lloyd Olsen emmena Mike à l'Université d'Utah, où les scientifiques purent confirmer l'authenticité du phénomène, aussi ahurissant soit-il.
Devenu une véritable célébrité, Mike entama une tournée de spectacles itinérants dont il était la vedette en compagnie d'autres créatures étranges.
Il fut photographié par des dizaines de magazines et de journaux, dont le Time.
Les gens payaient 25 cents pour venir voir un poulet acéphale qui continuait à vivre sans problème.
Au sommet de sa popularité, il générait chaque mois l'équivalent de 50 000 ¤. Il semblait aussi heureux que n'importe quel coq, essayant parfois de pousser un cri qui se soldait, naturellement, par un gargouillis informe.
Devant le succès d'Olsen et de sa merveille, de nombreux copieurs essayèrent d'obtenir leur propre poulet sans tête, mais aucun ne survécut plus de deux jours.
Hélas, une nuit de mars 1947, Mike commença à s'étouffer dans un motel de Phoenix.
La famille Olsen avait oublié la seringue de lavement lors d'un spectacle donné la veille. Désemparés, les fermiers ne purent sauver le malheureux coq.
Mais au total, celui-ci vécut plus de 18 mois sans tête.
Une autopsie permit de déterminer que la hache avait manqué de peu l'artère carotide, et qu'un caillot avait évité à Mike de se vider de son sang. Et bien que sa tête soit totalement tranchée, une partie du tronc cérébral ainsi qu'une oreille étaient encore en état de marche. Cela suffit à Mike pour mener une vie de coq à peu près normale.
Soixante deux ans après sa mort, Mike est toujours une légende dans la ville de Fruita. Un festival annuel lui est consacré au mois de Mai avec divers concours et attractions reliés à cette extraordinaire aventure célébrant une vie acéphale se prolongeant bien au-delà du raisonnable.
Il existe également des chansons en son honneur, ainsi qu'une statue.
L'histoire est, selon la sensibilité de chacun, amusante, édifiante, émouvante.
On peut aussi appréhender différemment la saga de ce brave poulet qui survécut pendant plus de 500 jours sans sa tête.
Naturellement, chacun sait que l'on peut parfaitement vivre sans cerveau, certains de nos hommes politiques et de nombreux participants à des jeux télévisés nous le démontrent éloquemment chaque jour.
Plus sérieusement, d'innombrables créatures vivent depuis des centaines de millions d'années tout en étant totalement dépourvues de cet organe dont nous nous enorgueillissons bien imprudemment.
En effet, lorsque l'on détruit sciemment la seule planète susceptible de nous accueillir tout en condamnant ainsi l'avenir des enfants de nos enfants, on doit s'inquiéter de notre arrogance mêlée d'aveuglement...
Dans un article ancien, nous évoquions déjà l'étrange et séduisante « intelligence » des myxomycètes. Modestes moisissures formant un plasmodium, ces êtres apparemment frustes et sans cerveau résolvent rapidement tous les pièges que nos chercheurs s'évertuent à créer devant eux.
Ces insouciants myxomycètes parviennent ainsi à s'extraire aisément d'un labyrinthe complexe qui interloquerait bon nombre d'humains.
Mais ils n'ont pas de cerveau... comme Mike !
Ce constat déroutant est avant tout vecteur d'humilité tout en corroborant totalement l'idée centrale qui anime nos romans : « le visible n'est que l'épiphanie de l'invisible » (René Char).
Les apparences sont toujours trompeuses et nous appréhendons systématiquement moins de 10% de la réalité. Que ce soit en observant l'univers, ou en s'observant soi-même.
Mike -le fougueux poulet sans tête- nous replace ici à l'aplomb de notre propre abîme.
Qu'il en soit vivement remercié...

Prochains articles :
- Sol Invictus
- Dialogue avec une mygale
- Coincidentia Oppositorum
- Immersion dans les eaux du Léthé
- Labyrinthes, ouroboros et fractales...
- Sappho
- L'émouvante taciturnité des pierres
- L'univers est-il né d'un simple spasme du vide ?
- L'odieuse étreinte de la Vierge de fer
- Voir le Monde dans un grain de sable...
- L'héroïsme de l'insondable
- Extravagantes, inquiétantes, magiques : des exoplanètes à foison
- Les raisins de Zeuxis
- Le temps du monde fini commence...
- Entre ombre et lumière : Ann Radcliffe et Ida Pfeiffer
- La gravitation quantique à boucles
- Le Monde selon Whitehead
- L'énigmatique VIe siècle av J.C.
- Sous le soleil de Minos


Oksana & Gil

# Enviado em Sábado 21 Novembro 2009 09:42

Le Jardin d'Eden existe... dans une grotte de Bornéo !

Le Jardin d’Eden existe… dans une grotte de Bornéo !
Nous avons tous vécu au moins une fois cette expérience simultanément déroutante et magique : la découverte d'un lieu inédit qui nous fait frissonner.
La valeur émotionnelle et symbolique de cette vision nous envahit alors.
Les mots perdent leur sens. Ils deviennent imprécis, fugaces, brumeux. Presque inutiles.
Nous allons aujourd'hui mettre l'accent sur une expérience de ce type qui, dans sa puissance, devient presque mystique car elle exhume brutalement en nous quelques parcelles d'un Eden que l'homme moderne a foulé aux pieds depuis très longtemps.
Trop longtemps...
Ce lieu magique et oppressant à la fois se situe au c½ur de l'île de Bornéo.
Cette île immense était, il y a encore une cinquantaine d'années un sanctuaire presque inviolé où la vie sauvage éternisait ses rythmes sans se soucier de la pollution, de la déforestation et de l'omniprésence des gaz à effet de serre.
La situation a bien changé et, depuis le début de ce siècle, nous courrons à la catastrophe. D'immenses surfaces sont ravagées, pelées, replantées ; puis massacrées.
L'exubérance presque sensuelle de la jungle laisse la place à des déserts de latérite et à d'immenses plantations de palmiers à huile.
La biodiversité planétaire agonise. Un enfant meurt toutes les six secondes de faim, ou en raison d'une eau impropre à la consommation. Et pendant ce temps, on parle de quoi sur facebook... d'anecdotes politiques qui seront oubliées dans une semaine !
Cherchez l'erreur...
Revenons à Bornéo.
A la frontière entre le Sarawak (l'un des deux états malais situés au nord de l'île) et le sultanat de Brunei, prospère encore une parcelle presque vierge de cette vaste forêt primaire qui recouvrait la totalité de Bornéo. Cette zone préservée s'appelle le « Parc Mulu ».
L'un des caractéristiques principales de ce parc réside dans l'ahurissant labyrinthe de grottes et de galeries souterraines qui taraudent cette montagne de calcaire dont les sommets les plus élevés culminent à 2 500 mètres d'altitude.
Au sein de ce chaos minéral entièrement recouvert par la jungle, on découvre des cavités gigantesques dont les orifices béent au milieu des arbres, des fougères et des lianes.
Pour y parvenir depuis les différents camps de base, il faut ahaner dans la jungle pendant plusieurs heures en glissant continûment le long d'étroites passerelles de bois qui permettent aux voyageurs d'éviter les heurts avec les palmiers couverts d'épines (les fameux « rotangs » dont ont extrait le rotin) et certaines rencontres désagréables. Les sangsues par exemple...
On commence par une longue déambulation en pirogue. Lorsque le niveau d'eau est trop bas, en période sèche par exemple, il faut pousser à l'extérieur du fragile esquif tout en sentant les serpents d'eau frôler vos mollets...
On poursuit pendant une heure ou deux au sein d'une cathédrale végétale qui bruisse sans cesse de sonorités animales. Parfois un arbre s'abat dans un bruit de tonnerre. On regarde alors, juste au-dessus de soi, le colosse ligneux qui nous surplombe de ses soixante ou soixante-dix mètres de haut. On vérifie qu'il ne vibre pas, qu'il n'oscille pas...
Puis on reprend son chemin en regardant encore plus attentivement autour de soi, essayant vainement de décrypter toutes les subtiles nuances de vert qui éblouissent le regard.
Enfin, la peau moite et le cou endolori à force de gymnastiques incongrues, on parvient au pied d'une falaise calcaire toute morcelée d'îlots de végétation s'accrochant au-dessus de l'abîme.
En levant les yeux on est immédiatement fasciné par la colossale ouverture qui déchire la montagne : l'ouverture de la « Deer cave » !
Haute de plus de 180 mètres, cette porte ouvrant vers des univers cavernicoles défie l'imagination.
Un chemin sinue lentement vers l'intérieur au milieu du bruissement d'ailes des millions de chauve-souris qui vivent le jour au sein de ces ténèbres titanesques. Au crépuscule elles sortent en longs filaments obscurcissant passagèrement le ciel. Une quantité presque égale d'hirondelles prend le chemin inverse. Jusqu'au lendemain matin.
En pénétrant au c½ur de cette gigantesque cavité qui pourrait engloutir toutes les cathédrales françaises en un seul lieu, on ressent un sentiment délicieux et indicible : les grandes peurs chthoniennes ressurgissant des âges les plus lointains.
On s'attend à voir un tigre à dent de sabre ou la silhouette massive d'un aurochs.
Mais on entend simplement le bruit incessant des petits mammifères volants, on sent une forte odeur d'ammoniaque liée au guano, et on ne voit... plus rien !
L'obscurité nous englue progressivement le long du chemin et quelques faibles lumignons positionnés de place en place ne suffisent point à fragmenter les ténèbres.
Il est prudent de venir avec sa lampe de poche.
La déambulation donne l'impression de s'éterniser.
Soudain... une lumière surgit dans la nuit. Faible nitescence en un premier temps, elle finit rapidement par envahir l'avant de cette scène imaginée par Dante : l'émergence insouciante d'un jardin d'Eden parfaitement conservé au milieu de cette obscurité gluante.
La valeur émotionnelle et symbolique de cette découverte est indescriptible la première fois.
L'explication géologique est simple : par ravinement pluvial, une partie du sommet de la grotte a fini par s'écrouler, découvrant ainsi cette parcelle luxuriante qui est devenue le sanctuaire des papillons multicolores et de quelques centaines de millions d'araignées placides.
Mais la première vision de cet éden enchâssé dans la nuit exhume en nous cette capacité d'émerveillement dont le monde a bien besoin à l'orée de ce nouveau millénaire.
Ce paradis est magnifique. Mais il est fragile aussi.
Et pour quelques hectares de paradis conservés en l'état, les mâchoires de fer des engins des grandes compagnies exploitant le palmier à huile détruisent chaque année des centaines de milliers d'hectares de forêt primaire.
Ces forêts qui sont simultanément le poumon de la planète, l'un de ses deux principaux puits de carbone, un fantastique réservoir d'eau douce et le vivier de milliers de médicaments du futur.
Cela s'appelle un suicide collectif.
Et nous le savons bien.

Prochains articles :
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Oksana & Gil

# Enviado em Segunda 16 Novembro 2009 09:50

Une première vidéo (courte...) réalisée lors des Utopiales

Voilà une première vidéo réalisée lors des Utopiales à Nantes.
Elle a été prise lors d'une séance de dédicace le samedi après-midi.
Dans quelques jours, une interview d'une dizaine de minutes sera mise en ligne.

Oksana & Gil
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# Enviado em Sexta 06 Novembro 2009 10:32

Hydres, Dragons, Hippogriffes et Lestrygons

Hydres, Dragons, Hippogriffes et Lestrygons
Dès les premières épopées mésopotamiennes écrites aux quatrième et troisième millénaires avant J.C., l'imaginaire des peuples s'enrichit de créatures légendaires et de peuples aux pouvoirs hallucinants.
Généralement, ces créatures mythiques sont considérées comme étant maléfiques et elles incarnent, peu ou prou, le mal et la terreur.
L'exemple le plus fascinant, le plus récurrent, est celui du dragon.
Toutefois, contrairement aux dragons des mythologies et légendes occidentales, les dragons des pays asiatiques sont généralement représentatifs des forces de la nature, mais ils ne sont pas considérés comme étant systématiquement hostiles et belliqueux. Leur apparence physique est souvent fine, presque aérienne. Associés au climat, les dragons asiatiques sont puissants et vénérés.
Il en est tout autrement en occident.
Nous laissons ici la place à une description non équivoque du philosophe Miche Onfray dans un ouvrage (« Métaphysique des ruines ») consacré au peintre Monsu Desiderio.
Celles et ceux qui ont déjà lu notre premier roman savent à quel point nous apprécions cet étrange peintre ruiniforme (ils étaient deux peintres originaires de Metz sous le même nom en fait...) qui vivait en Italie au début du XVIIe siècle.
Voilà comment Michel Onfray évoque la symbolique du dragon dans l'imaginaire occidental : « Analogon du négatif et du mal, il en est une Forme emblématique : son corps, sa gueule, les circonvolutions de son ventre, de sa queue, les références anatomiques qu'il mélange, les griffes du félin, le ventre du reptile, les pattes arquées et couvertes de plaques en kératine du saurien, les ailes en peau déployées autour de ramures qui rappellent l'envergure des vampires et des chauves-souris, les yeux du carnassier et du prédateur, les mâchoires dotées de crocs, de dents acérées, les cornes des mammifères qui déchirent : le Dragon est un collage d'oiseau, de félin, de saurien, de reptile, de mammifère, il est tout et rien, mélange et résultante d'un assemblage [...] Son antre est sous les surfaces, sous l'eau ou dans la terre. Partout, il est partout ».
Partout il est partout... voilà assurément une définition qui convient bien aux dragons.
Or nous aimons les dragons. Nous les aimons tellement que nous leur avons consacré une place de choix au sein de l'un des chapitres de « Cathédrales de brume ».
Cette quête du monstrueux peut surprendre. Or elle s'inscrit totalement dans notre philosophie de la vie : ouvrir des portes et briser tous les carcans que l'on érige sans cesse autour de soi, autour des autres, autour de la Nature.
Autour de la vie...
Comme nous venons de le voir à l'instant, les dragons symbolisent une vision « en creux » de l'âme du Monde, sa face obscure se filigranant sans cesse et ressurgissant abruptement au moment où l'on s'y attend le moins.
Dans la culture asiatique, le dragon est à l'inverse un symbole de force. Une lumière orientale qui s'oppose crûment aux ténèbres dans le monde occidental.
Cette opposition factice dissimule la profonde unicité du monde (thème typiquement néoplatonicien) et rejoint cette lente oscillation entre l'Un et le multiple.
Dans notre démarche littéraire, nous prônons la complicité féconde liant les opposés.
Nicolas de Cuès traduit cette confluence, apparemment incongrue, en évoquant la « coïncidence des opposés ».
Unir nos différences afin d'en faire une force tout en s'ouvrant aux autres symbolise assez bien notre quête, et les différentes « visions » que l'Homme donne du dragon reprennent en écho le caractère factice de ces « fausses oppositions ».
C'est pour cette raison que notre premier roman se lit plutôt comme un conte prenant la forme d'une « odyssée intime ». Il serait donc parfaitement vain d'y rechercher les ingrédients habituels de la science-fiction traditionnelle.
Nous sommes toujours légèrement décalés par rapport à une réalité qui se satisfait uniquement des fastes du visible et qui s'inscrit dans un réductionnisme presque obsessionnel.
Et nos romans en font de même...
Mais le plaisir d'écrire à deux en balayant les barrières psychiques et les caracans moraux est à ce prix.
Surtout en s'entourant de dragons babillards, espiègles et farceurs...

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Oksana & Gil

# Enviado em Sexta 06 Novembro 2009 08:30

Utopiales 2009 : premières photos...

Utopiales 2009 : premières photos...
Nous sommes rentrés hier soir des Utopiales et certaines photos sont déjà disponibles.
Les premières ont été prises lors de l'interview que nous avons donnée à Actu SF.
D'autres suivront...

Oksana & Gil
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# Enviado em Segunda 02 Novembro 2009 08:41

Les Utopiales 2009...

Les Utopiales 2009...
Dès demain les Utopiales commencent à Nantes.
Ce grand festival international de science-fiction concerne la littérature, la bande-dessinée, le cinéma, les jeux vidéos...
Il s'achèvera dimanche soir.
Nous y serons le samedi 31 Octobre et le dimanche 1er Novembre. Nous espérons avoir l'occasion de vous rencontrer dans ce cadre prestigieux intégralement consacré à l'imaginaire ; sous toutes ses formes...

Oksana & Gil
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# Enviado em Terça 27 Outubro 2009 06:13