Une première vidéo (courte...) réalisée lors des Utopiales

Voilà une première vidéo réalisée lors des Utopiales à Nantes.
Elle a été prise lors d'une séance de dédicace le samedi après-midi.
Dans quelques jours, une interview d'une dizaine de minutes sera mise en ligne.

Oksana & Gil
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# Posté le vendredi 06 novembre 2009 10:32

Hydres, Dragons, Hippogriffes et Lestrygons

Hydres, Dragons, Hippogriffes et Lestrygons
Dès les premières épopées mésopotamiennes écrites aux quatrième et troisième millénaires avant J.C., l'imaginaire des peuples s'enrichit de créatures légendaires et de peuples aux pouvoirs hallucinants.
Généralement, ces créatures mythiques sont considérées comme étant maléfiques et elles incarnent, peu ou prou, le mal et la terreur.
L'exemple le plus fascinant, le plus récurrent, est celui du dragon.
Toutefois, contrairement aux dragons des mythologies et légendes occidentales, les dragons des pays asiatiques sont généralement représentatifs des forces de la nature, mais ils ne sont pas considérés comme étant systématiquement hostiles et belliqueux. Leur apparence physique est souvent fine, presque aérienne. Associés au climat, les dragons asiatiques sont puissants et vénérés.
Il en est tout autrement en occident.
Nous laissons ici la place à une description non équivoque du philosophe Miche Onfray dans un ouvrage (« Métaphysique des ruines ») consacré au peintre Monsu Desiderio.
Celles et ceux qui ont déjà lu notre premier roman savent à quel point nous apprécions cet étrange peintre ruiniforme (ils étaient deux peintres originaires de Metz sous le même nom en fait...) qui vivait en Italie au début du XVIIe siècle.
Voilà comment Michel Onfray évoque la symbolique du dragon dans l'imaginaire occidental : « Analogon du négatif et du mal, il en est une Forme emblématique : son corps, sa gueule, les circonvolutions de son ventre, de sa queue, les références anatomiques qu'il mélange, les griffes du félin, le ventre du reptile, les pattes arquées et couvertes de plaques en kératine du saurien, les ailes en peau déployées autour de ramures qui rappellent l'envergure des vampires et des chauves-souris, les yeux du carnassier et du prédateur, les mâchoires dotées de crocs, de dents acérées, les cornes des mammifères qui déchirent : le Dragon est un collage d'oiseau, de félin, de saurien, de reptile, de mammifère, il est tout et rien, mélange et résultante d'un assemblage [...] Son antre est sous les surfaces, sous l'eau ou dans la terre. Partout, il est partout ».
Partout il est partout... voilà assurément une définition qui convient bien aux dragons.
Or nous aimons les dragons. Nous les aimons tellement que nous leur avons consacré une place de choix au sein de l'un des chapitres de « Cathédrales de brume ».
Cette quête du monstrueux peut surprendre. Or elle s'inscrit totalement dans notre philosophie de la vie : ouvrir des portes et briser tous les carcans que l'on érige sans cesse autour de soi, autour des autres, autour de la Nature.
Autour de la vie...
Comme nous venons de le voir à l'instant, les dragons symbolisent une vision « en creux » de l'âme du Monde, sa face obscure se filigranant sans cesse et ressurgissant abruptement au moment où l'on s'y attend le moins.
Dans la culture asiatique, le dragon est à l'inverse un symbole de force. Une lumière orientale qui s'oppose crûment aux ténèbres dans le monde occidental.
Cette opposition factice dissimule la profonde unicité du monde (thème typiquement néoplatonicien) et rejoint cette lente oscillation entre l'Un et le multiple.
Dans notre démarche littéraire, nous prônons la complicité féconde liant les opposés.
Nicolas de Cuès traduit cette confluence, apparemment incongrue, en évoquant la « coïncidence des opposés ».
Unir nos différences afin d'en faire une force tout en s'ouvrant aux autres symbolise assez bien notre quête, et les différentes « visions » que l'Homme donne du dragon reprennent en écho le caractère factice de ces « fausses oppositions ».
C'est pour cette raison que notre premier roman se lit plutôt comme un conte prenant la forme d'une « odyssée intime ». Il serait donc parfaitement vain d'y rechercher les ingrédients habituels de la science-fiction traditionnelle.
Nous sommes toujours légèrement décalés par rapport à une réalité qui se satisfait uniquement des fastes du visible et qui s'inscrit dans un réductionnisme presque obsessionnel.
Et nos romans en font de même...
Mais le plaisir d'écrire à deux en balayant les barrières psychiques et les caracans moraux est à ce prix.
Surtout en s'entourant de dragons babillards, espiègles et farceurs...

Prochains articles :
- L'art exquis de la synecdoque
- Le Jardin d'Eden existe... dans une grotte de Bornéo !
- Sol Invictus
- Dialogue avec une mygale
- Coincidentia Oppositorum
- Immersion dans les eaux du Léthé
- Labyrinthes, ouroboros et fractales...
- Sappho
- L'émouvante taciturnité des pierres
- L'univers est-il né d'un simple spasme du vide ?
- L'odieuse étreinte de la Vierge de fer
- Voir le Monde dans un grain de sable...
- L'héroïsme de l'insondable
- Extravagantes, inquiétantes, magiques : des exoplanètes à foison
- Les raisins de Zeuxis
- Le temps du monde fini commence...
- Entre ombre et lumière : Ann Radcliffe et Ida Pfeiffer
- La gravitation quantique à boucles
- Le Monde selon Whitehead
- L'énigmatique VIe siècle av J.C.


Oksana & Gil
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# Posté le vendredi 06 novembre 2009 08:30

Utopiales 2009 : premières photos...

Utopiales 2009 : premières photos...
Nous sommes rentrés hier soir des Utopiales et certaines photos sont déjà disponibles.
Les premières ont été prises lors de l'interview que nous avons donnée à Actu SF.
D'autres suivront...

Oksana & Gil
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# Posté le lundi 02 novembre 2009 08:41

Les Utopiales 2009...

Les Utopiales 2009...
Dès demain les Utopiales commencent à Nantes.
Ce grand festival international de science-fiction concerne la littérature, la bande-dessinée, le cinéma, les jeux vidéos...
Il s'achèvera dimanche soir.
Nous y serons le samedi 31 Octobre et le dimanche 1er Novembre. Nous espérons avoir l'occasion de vous rencontrer dans ce cadre prestigieux intégralement consacré à l'imaginaire ; sous toutes ses formes...

Oksana & Gil
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# Posté le mardi 27 octobre 2009 06:13

Néoplatonisme, Èros, gravitation quantique et science-fiction...

Néoplatonisme, Èros, gravitation quantique et science-fiction…
"Tout est un"
Héraclite d'Ephèse (Fragments)

Depuis quelques jours, on nous demande souvent quel lien peut relier le néoplatonisme (qui filigrane nos deux romans) et la science-fiction.
La convergence peut paraître baroque, mais elle est bien réelle et prend aussi en compte l'omniprésence de la sensualité et la stricte application de la « Théorie du Tout » (la gravitation quantique en réalité) qui symbolise le graal de tous les physiciens.
Mettons un peu d'ordre dans tout ceci...
Comme son nom l'indique clairement, la philosophie néoplatonicienne s'inspire du platonisme et elle se développe à deux époques distinctes :
- le néoplatonisme antique qui trouve ses meilleurs hérauts avec Plotin, Porphyre, Jamblique, Proclus et Damascius (3e à 6e siècle après J.C),
- le néoplatonisme médiéval, puis de la Renaissance, qui met en lumière des philosophes et mystiques aussi prestigieux que Jean Scot Erigène, Albert Le Grand, Maître Eckhart, Nicolas de Cuès, Marsile Ficin ou Giordano Bruno.
On précisera aussi que cette « philosophie de l'Un » trouve son écho dans la philosophie contemporaine (Bergson et Deleuze par exemple), mais aussi dans de nombreuses spiritualités orientales ; le meilleur exemple étant celui du Vedantâ hindou et de son plus remarquable théoricien : Shankara (8e-9e siècle).
On peut résumer ainsi les grands axes de cette philosophie qui prend ses sources au c½ur de la pensée antique grecque et qui se prolonge encore à notre époque.
Le point essentiel du néoplatonisme se synthétise ainsi : Tout émane de l'Un. Cette notion cardinale prend sa source dans le « Parménide » de Platon.
Cet « Un » est un principe inconditionné qui se situe au-delà de l'être même. On est donc très en amont d'une réflexion purement ontologique.
Plotin identifie cet « Un » à l'idée du Bien chez Platon (« République »). L'auteur des Ennéades qualifie cet « Un-Bien » de première hypostase, c'est-à-dire un sujet qui demeure permanent (nous dirions éternel) en dépit du changement.
Viennent ensuite deux autres hypostases : l'Intelligence et l'Âme. A l'Intelligence correspondent aussi le monde sensible et l'être. Il y a donc dualité dès cet instant,
Or cette dualité primordiale ouvre la voie au multiple.
Le néoplatonisme a donc pour objectif de résoudre un problème récurrent dans la pensée grecque antique : le problème de l'Un et du multiple.
A ce simple énoncé, on commence à discerner la connivence liant cette quête presque mystique à la cosmologie la plus avancée...
Mais revenons à Platon. Dans le dialogue que nous avons déjà cité, le « Parménide », le philosophe trace trois définitions possibles de cet « Un » énigmatique et colossal qui se situe au-delà de tout :
- soit l'Un exclut l'existence même du multiple,
- soit l'Un admet tous les contraires,
- soit l'Un peut simultanément être et ne pas être (ceci nous remémore certaines incongruités de la Physique quantique : voir Schrödinger...)...
L'analyse de Plotin, de Proclus et de leurs épigones, met en évidence une oscillation entre l'Un et le multiple. Donc, à un mouvement de « procession » à partir de l'Un qui produit tout, correspond en miroir un mouvement inverse de « conversion » vers l'Un, dont l'amour (erôs) de la beauté est le véritable moteur.
La dynamique du néoplatinisme est donc la suivante : Unité originaire, division, puis retour à l'Unité.
Indépendamment de ce balancement entre Un et multiple, de la notion de l'amour de la beauté comme moteur du Monde et du rôle capital d'Eros, on retrouve ici quelques éléments fondamentaux de la cosmogie à travers certaines de ses théories. Les deux meilleurs exemples sont le « Big crunch » (expansion puis contraction de l'univers) ou la théorie « ekpyrotique » qui précise que l'évolution de notre univers -du big bang à sa future disparition- n'est que la matérialisation du heurt, puis de l'éloignement, de deux branes gigantesques oscillant au sein d'un multivers protéiforme, infini et éternel.
Plotin et Proclus auraient vraisemblablement adoré pouvoir discuter avec les spécialistes de la gravitation quantique !
A la Renaissance, le néoplatonisme mit en lumière une notion déjà ancienne, car Philolaos de Crotone (philosophe pythagoricien du 5e siècle avnt J.C.) évoquait déjà « l'harmonie des contraires ».
Parfaitement théorisée par Nicolas de Cues (1401-1464) dans son traité de « La docte ignorance », la notion de « coïncidence des opposés » symbolise une autre facette de la pensée néoplatonicienne.
Humaniste, généreuse et féconde, cette compréhension de l' « autre » dans toute sa diversité cristallise une exigence qui apparaît continûment dans tous nos romans : s'immerger au sein d'une vision holistique du monde, des autres et de nous-même.
Surtout de nous-même...
Concept se situant exactement aux antipodes du réductionnisme, l'holisme prône une vision « globale » des idées, des situations et des êtres. Son sens lexical précis peut se résumer ainsi : analyse qui consiste à considérer les phénomènes comme des totalités.
En 2009, cette approche désinhibée est difficile à partager car le monde moderne est profondément et viscéralement réductionniste. Chacun de nous, de son plein gré ou parce que les exigences professionnelles l'imposent, devient « spécialiste »... d'une tête d'épingle !
Nous regardons notre environnement et l'humain à travers l'ouverture très étroite d'un tuyau, alors que les grands enjeux de notre époque devraient privilégier une vision panoramique des choses.
Nous en sommes très très loin.
Le néoplatonisme apporte donc des embryons de solution et chacun comprendra aisément que cette notion de complémentarité des contraires est essentielle.
Et la science-fiction ? Que vient-elle faire dans ce contexte ?
Comment intégrer les caractéristiques du néoplatonisme dans une littérature de l'imaginaire qui semble, à première approche, très éloignée de cette philosophie qui s'hybride de mysticisme et de singularités « quantiques » ?
La réponse est lumineuse. La science-fiction est un genre littéraire qui s'autorise toutes les transgressions, qui quintessencie le potentiel imaginatif de chaque lecteur.
Un écrivain de science-fiction peut donc créer à foison des civilisations, des dieux ; des univers.
Privilège rare...
Cette fantastique opportunité est donc parfaitement compatible avec :
- l'ambition affichée du néoplatonisme,
- la diversité luxuriante (certains diront luxurieuse...) de la sensualité,
- les hallucinantes mises en abyme que suggèrent les plus audacieuses théories issues de la cosmologie contemporaine.
Jouissons donc pleinement des opportunités offertes par cette « coïncindence des opposés » et cette quête de l'Un surressentiel.
Au terme de cette quête, nous trouverons l'âme du monde et partagerons, peut-être enfin, les émotions que Proclus, Plotin, Damascius et Porphyre, mirent si élégamment en lumière.

Prochains articles :
- Hydres, Dragons, Hippogriffes et Lestrygons
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- La gravitation quantique à boucles
- Le Monde selon Whitehead


Oksana & Gil
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# Posté le dimanche 25 octobre 2009 09:47

6eme Rencontres de l'Imaginaire à Sèvres - 12 Décembre 2009

6eme Rencontres de l'Imaginaire à Sèvres - 12 Décembre 2009
Voilà l'affiche des 6eme Rencontres de l'Imaginaire qui auront lieu à Sèvres (au SEL) le samedi 12 Décembre 2009.
Nous y participerons toute la journée en compagnie de plusieurs auteurs des Editions Rivière blanche.
Ce sera pour nous un très grand plaisir de vous rencontrer à cette occasion.

Oksana & Gil
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# Posté le vendredi 23 octobre 2009 09:21

Multivers : au-delà du « nombre de Graham » ?

Multivers : au-delà du « nombre de Graham » ?
Lorsque l'on doit évoquer des quantités importantes, il faut prendre en compte des nombres extraordinairement grands. Dans ce cas, on utilise souvent l'expression « astronomique ». L'emploi de ce terme est parfaitement aproprié car les nombres les plus élevés se situent généralement dans le domaine de la cosmologie.
Par exemple, le nombre d'atomes existant dans notre univers est égal à 10 puissance 80, soit cent millions de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard de milliard d'atomes ! Ouf...
On obtient des nombres plus pharamineux encore lorsque l'on examine le nombre de combinaisons différentes dans des jeux aussi complexes que les échecs ou le jeu de Go.
Au sommet de cette impressionnante pyramide de nombres hallucinants, on trouve le nombre potentiel de théories incluses dans la Théorie des cordes, soit 10 puissance... 500 !
Ces quantités vertigineuses sont impressionnantes et difficiles à appréhender concrètement.
Toutefois, ces nombres colossaux sont des nains par rapport à leurs homologues mathématiques, car on est alors réellement en proie au vertige.
Le plus grand nombre entier utilisé dans une démonstration mathématique s'appelle le « nombre de Graham ». Il est si monstrueux que l'on doit utiliser des notations mathématiques spécifiques pour le représenter sur une feuille de papier. Il s'agit des « puissances itérées de Knuth » et des « flèches chaînées de Conway ».
D'une façon plus simple, on affirme souvent que si tout l'univers était composé d'encre, celle-ci ne suffirait pas pour écrire le nombre de Graham en utilisant la notation arithmétique usuelle.
Mais on peut encore aller plus loin. Beaucoup plus loin...
Il existe en effet des suites croissantes de nombre entiers qui sont si puissamment « croissantes » qu'elles se multiplient plus vite que n'importe quelle suite calculable.
C'est le cas de la suite Rado(n) qui a été inventée par le mathématicien Tibor Rado. Or la suite Rado(n) croît tellement vite qu'on n'en connaît que les premiers termes. Actuellement, il est impossible de calculer avec précision les valeurs Rado(7) et Rado(8).
On comprend à cet instant que la simple appréhension d'une suite comme Rado(100) donne de fortes céphalées...
Mieux encore, en utilisant des mécanismes théoriques de calcul particuliers que l'on nomme « machines de Turing avec oracle » ou -plus plaisamment- « castor affairé », on peut construire une hiérarchie infinie de suites croissantes Rado(n) = Rado0(n), puis Rado1(n), puis Rado2(n), etc... chacune surpassant la précédente.
Les nombres qui découlent de ces suites « hypercroissantes » deviennent ainsi parfaitement affolants et outrepassent l'imagination la plus féconde.
Et pourtant... il existe peut-être des données plus hallucinantes encore !
Nous avons déjà évoqué ici la notion de « multivers », notion que nous abordons déjà dans « Cathédrales de brume » et que nous développerons dans nos deux prochains romans si nos lecteurs nous font confiance.
Ce concept dérangeant (imaginer des milliards d'univers en amont ou en aval du nôtre est difficilement compatible avec un cartésianisme classique) n'est pas réellement nouveau.
D'Anaximandre à Whitehead, en passant par Nicolas de Cues, Giordano Bruno et Leibniz, elle traverse toute l'histoire de la philosophie et jalonne les grandes cosmogonies.
Toutefois, si cette théorie devait se confirmer, elle constituerait une révolution conceptuelle comparable à la rupture copernicienne.
Ce n'est pas seulement notre représentation du monde qui s'en trouverait transformée, mais également notre manière même de penser la physique et de concevoir la signification de ses modèles. Or la physique fait aujourd'hui face à un sérieux problème lié à la nature même de ses constantes fondamentales, car la plupart de ces grandeurs semblent spécifiquement adaptées à l'émergence de la complexité.
Si l'on souhaite échapper aux explications purement religieuses, il est clair que l'existence de multiples univers au sein desquels les lois physiques se structureraient indépendamment résoudrait la difficulté. Les paradoxes disparaissent effectivement si l'on suppose que les valeurs observées pour les constantes physiques ne sont qu'une réalisation parmi une infinité d'autres.
Exactement de la même façon que nous nous trouvons sur une planète tellurique qui est un lieu très particulier et absolument pas représentatif du contenu moyen du cosmos, nous nous trouverions, au sein du « multivers », dans un univers hospitalier et très singulier quant à ses propriétés.
Dans le cadre de l'élaboration d'une image cosmologique globale, notre environnement direct n'est donc nullement représentatif du tout. L'existence même du « multivers » offre une solution élégante et concrète à certaines difficultés récurrentes de la physique théorique et s'inscrit dans une évolution non contredite jusqu'alors et que l'on peut résumer ainsi : la taille et la diversité du cosmos n'a jamais cessé de croître au fur et à mesure des découvertes scientifiques. S'il existe de multiples planètes, de multiples étoiles, de multiples galaxies, de multiples amas de galaxies, pourquoi n'y aurait-il qu'un univers ?
Différentes définitions du « multivers » s'affrontent. Toutefois, le « multivers » n'est pas en lui-même un modèle, mais une conséquence de modèles préexistants. Ces modèles n'ont pas été élaborés dans le but de créer des univers multiples mais pour répondre à des questions bien définies de physique des particules ou de gravitation relativiste.
Différentes théories prévoient clairement l'existence d'univers multiples, à commencer par l'une des mieux établies, des mieux testées et des plus élégantes : la Relativité Générale.
Le modèle d'Einstein, qui montre que la géométrie de l'espace-temps est façonnée par la matière qu'il contient, prédit effectivement un espace strictement infini dans deux des trois géométries utilisées en cosmologie. Si l'espace est infini, notre univers n'est qu'une minuscule bulle en son sein et tous les phénomènes possibles doivent se produire quelque part.
Ce n'est pas une possibilité mais une nécessité, car tout processus doté d'une probabilité d'occurrence non nulle doit être réalisé. Il existe ainsi une copie à l'identique de notre monde dont le passé est similaire au nôtre mais dont le futur peut éventuellement différer. Cet infini spatial suffit déjà à expliquer certains faits étranges. Ainsi, notre univers présente un haut niveau d'homogénéité primordiale car cet état particulier doit être présent quelque part dans le « multivers » et qu'il est propice à la formation des structures qui ont permis notre propre existence...
La Physique quantique, l'autre grand pilier de la Physique moderne, peut également conduire à l'existence d'univers multiples lorsque ses principes fondateurs sont interprétés strictement sans recourir à des postulats supplémentaires. La superposition quantique, qui n'est effectivement pas observée dans le macrocosme, ne conduit pas à l'usuelle projection du vecteur d'état mais plutôt à l'existence d'autres mondes dans lesquels se réalisent les différentes occurrences possibles de l'évolution du système.
L'existence du « multivers » est plus étroitement encore associée aux théories actuelles de la gravitation quantique. Il n'existe pas à l'heure actuelle de modèle absolument satisfaisant pour décrire les propriétés quantiques du champ de gravitation.
Mais deux théories bien différentes ouvrent des voies prometteuses pour explorer les méandres complexes de cette physique dont le graal est la fameuse « Théorie du Tout ».
Curieusement, chacune d'elle conduit à l'existence d'univers multiples...
La première de ces théories fascinantes est la « gravitation quantique à boucles ». Elle s'appuie sur le principe fondateur de la Relativité Générale : l'invariance de fond, c'est-à-dire l'absence de structures absolues. Elle propose un cadre cohérent pour décrire les propriétés quantiques de l'espace-temps. Dans ce contexte, elle prédit l'existence de « rebonds » au c½ur des trous noirs qui permettent de concevoir leur structure interne comme des univers à part entière. On assiste alors à l'émergence d'un modèle darwinien de sélection naturelle des univers : chaque monde se reproduit par les trous noirs qu'il engendre et les lois doivent évoluer vers la forme maximisant la formation de trous noirs.
Ce constat ouvre des horizons infinis. Dans son livre : « Le destin de l'univers », Jean-Pierre Luminet résume parfaitement cette situation en forme de mise en abyme : « Des deux questions « qu'y avait-il avant le big bang ? » et « qu'y a-t-il dans un trou noir ? », l'une donne la réponse à l'autre. Dans chaque trou noir il y a un nouveau big bang, c'est à dire un nouvel univers, sorte de phénix renaissant de ses cendres après chaque contraction symétrique du big bang... » (Le destin de l'univers - page 543).
La seconde théorie : la Théorie des cordes (ou Théorie des supercordes lorsqu'elle prend en compte les exigences de la « supersymétrie ») permet de résoudre certaines difficultés de la physique contemporaine : quantifier la gravité et unifier toutes les interactions fondamentales par exemple.
Mais cette théorie remarquable et très élégante implique l'existence de sept dimensions supplémentaires à la géométrie de l'espace.
Les lecteurs de « Cathédrales de brume » observeront immédiatement que nous avons largement utilisé cette singularité de la Théorie des cordes dans notre roman...
En affinant cette théorie, il est apparu que les manières de recourber ces dimensions supplémentaires sur elles-mêmes sont si nombreuses (environ 10 puissance 500 comme nous l'avons signalé plus haut) que la Théorie des cordes conduit à une quasi-infinité de lois physiques possibles.
En complément de cette surabondance déroutante, le modèle actuellement validé du big bang repose sur l'existence d'un processus inflationnaire, c'est à dire une augmentation démesurée de la taille de notre univers dans ses premiers instants, qui conduit à l'image d'un monde en perpétuelle inflation.
Des zones s'extraient parfois de cette inflation éternelle (comme notre propre univers dans sa phase actuelle) mais, examiné dans la globalité, le processus est continu et de nouveaux univers se crée sans cesse.
Dans les milieux de la cosmologie, cette théorie (dont Andrei Linde est le concepteur) est parfois comparée à un « multivers bulles de champagne »...
La conjugaison de la Théorie des cordes et du scénario inflationnaire conduit en tout cas à un « multivers » particulièrement riche et fécond dans sa capacité à rendre compte du réel. La première permet l'émergence de lois multiples, le second prédit des univers-bulles décorrélés les uns des autres. Dans chaque univers, la physique effective se structure indépendamment, donnant lieu à une impensable diversité, non seulement dans les faits, mais également dans les lois physiques.
Vous comprenez mieux ainsi la raison pour laquelle nous mettons en parallèle le caractère « colossal » du nombre de Graham, et le caractère tout aussi colossal et luxuriant d'un « multivers » qui symbolise une fantastique ode à la diversité.
Et nous avons bien besoin de ce symbole à notre époque...

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Oksana & Gil
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# Posté le jeudi 22 octobre 2009 04:08

Cathédrales de brume : le CD...

Cathédrales de brume : le CD...
Comme vous le savez, la musique que le groupe "Dawn & Dusk Entwined" a composée en s'inspirant étroitement de l'intrigue de notre premier roman vient de sortir.
Ce CD est paru sur le label "Aube & Crépuscule" et il est désormais disponible sur le site de notre éditeur : www.riviereblanche.com et sur de nombreux sites internet spécialisés.
Voilà la présentation du projet que l'on découvre en ouvrant ce digipack très soigneusement réalisé. Cette présentation est faite par le compositeur et musicien multi-instrumentiste : David Sabre.

"This new album is not be heard as a "usual" album, because it was composed under the spell of the novel "Cathédrales de brume" by the french authors Oksana and Gil Prou and published by "Rivière blanche".
They honoured me by contacting me with a proposition to compose what would be a kind of soundtrack to the novel, which enthusiasted me immediately.
This album aims thus to crystalize and magnify the various adventures of this epic and poetic plot, creating gloomy and agonizing atmospheres that symbolize the destiny of a human being condemned to wonder simultaneously in the arcanes of space and of his inner psyche.
Composed in the summer of 2008 by David.S.
Masterd by S.Marleni in august 2009."


Nous espérons que cet album composé de 27 titres (73 minutes) séduira nos lecteurs et confirmera l'alchimie naturelle qui existe entre la musique et les littératures de l'imaginaire.

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Oksana & Gil
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# Posté le dimanche 18 octobre 2009 05:32

Murasaki Shikibu et "Le Dit du Genji"

Murasaki Shikibu et "Le Dit du Genji"
« Tu es une chose rêveuse, une fièvre de toi-même : pense à la terre »
John Keats – La chute d'Hypérion : un rêve

Comment peut-on être fièvre de soi-même ?
Principalement en étant un artiste. Or l'essence même d'un artiste se transcrit à travers sa capacité à transmettre une émotion issue des arcanes de notre âme.
Emergence d'une vérité fragmentée en bribes informes, cette exigence d'absolu nous révèle, une fois encore, que le visible n'est que l'épiphanie fugace de l'invisible.
Son ombre peut-être...
Seuls les poètes parviennent -parfois- à décrire l'indicible. L'exemple qui suit est emblématique de cette recherche de Beau dans le sens définit par Plotin, Proclus et leurs épigones.
Née probablement entre 972 et 978, la poétesse japonaise Murasaki Shikibu élabora en une dizaine d'année une fresque littéraire flamboyante : le Genji monogatari, plus connu en Occident sous l'appellation Le Dit du Genji.
En 2002, cette ½uvre colossale (plus de 2 000 pages) fut classée parmi les 100 plus grands chefs-d'½uvre littéraires de tous les temps par les Cercles norvégiens du livre. Un jury prestigieux de 100 écrivains provenant de 54 pays (John Irving, VS Naipaul, Paul Auster, John le Carré et Norman Mailer entre autres) identifia les ½uvres les plus remarquables qui jalonnèrent l'Histoire de la littérature. Le Dit du Genji trouva aisément, presque naturellement, sa place parmi les chefs d'½uvre absolus de la littérature mondiale : La Divine Comédie de Dante ou les ½uvres majeures de Shakespeare par exemple.
Indépendamment de ses qualités intrinsèques, cette épopée dévoile dans ses moindres détails la vie de cour au Japon autour de l'an mil.
Le propos était ambitieux.
Le résultat fut fascinant.
Le Japon à cette époque ne représentait nullement un Jardin d'Eden pour l'immense majorité de ses habitants qui vivaient chichement en optimisant les maigres ressources du sol. Mais la singularité de cette époque se situe au niveau de la magnificence frénétique caractérisant la vie de cour que menaient quelques milliers d'aristocrates entourant l'empereur et son épouse.
On a souvent analysé et caricaturé les outrances et les fastes de la Cour de France à l'époque du Roi Soleil, Versailles constituant alors un somptueux écrin dissimulant difficilement la misère du peuple et les calamités agricoles s'accumulant sur une population trop souvent affamée. La part réservée à l'imaginaire et au subjectif est colossale dans le cas présent et génère encore des synthèses assassines et partisanes. Mais le hiatus existant entre une minorité très privilégiée et la masse des pauvres gens sans réelles ressources était sans équivoque et particulièrement inique.
Mais à l'époque de Murasaki Shikibu ce hiatus social était encore fantastiquement exacerbé et amplifié. La vie à la cour de l'Empereur du Japon conciliait donc élégance, raffinement, luxe et culte inné d'un esthétisme artistique et intellectuel hors norme.
De la fin du Xe siècle jusqu'à l'époque Heian, l'aristocratie nipponne constitua un fabuleux vivier d'originalités artistiques qui symbolisaient un art de vivre somptuaire, simultanément totalement incongru et parfaitement fascinant. Poussant l'esthétisme au-delà de toute limite, ces hommes et ces femmes surent cristalliser passagèrement en eux une sublimité comportementale qui nous laisse encore pantois.
Démontrant leur capacité d'innovation, les aristocrates de la Cour nipponne laissèrent souvent l'immortalisation de ces instants étonnants aux soins attentifs de femmes de lettre à la plume experte et à l'imagination fertile.
Cette démarche originale s'inscrit parfaitement dans la logique des propos de Paul Claudel lorsqu'il écrit, dans L'oiseau noir dans le soleil levant : « Pour connaître la rose, quelqu'un emploie la géométrie et un autre emploi le papillon ». Incontestablement, les poétesses japonaises des Xe et XIe siècle maîtrisaient merveilleusement l'art de l'emploi du papillon...
La plus talentueuse de toutes ces descendantes nipponnes de Sappho fut incontestablement Murasaki Shikibu.
Sa vie nous est principalement connue par son Journal.
Son nom réel demeure inconnu car Shikibu désigne les fonctions exercées par son père, Fujiwara no Tamétoki, qui était fonctionnaire à la Cour de l'Empereur et travaillait au département des Rites au sein duquel il fut d'abord secrétaire, puis directeur adjoint.
Murasaki vient probablement du livre 5 du Dit du Genji qui évoque Waka Murasaki, le principal personnage féminin du roman.
Il est a remarqué que murasaki désigne une plante japonaise au puissant pouvoir tinctorial et que l'on utilisait pour renforcer la pourpre impériale. Cette appropriation singulière a probablement valeur de symbole.
Le père de Murasaki Sikibu eut trois fils et trois filles, mais Murasaki fut la seule à manifester précocement un don réel pour l'écriture.
Après un bref séjour dans la ville d'Echizen dont son père fut gouverneur, elle revint dès 998 dans la capitale. Elle devint alors l'épouse d'un cousin sensiblement plus âgé qu'elle : Fujiwara no Nobutaka. Ce dernier ayant déjà un fils âgé de vingt cinq ans, on pouvait craindre que le statut de Murasaki ne soit guère enviable. A cette époque, la femme japonaise continuait généralement à vivre chez ses propres parents afin d'élever ses enfants. Son époux venant la rejoindre occasionnellement, cette situation générait souvent une forme tolérée de polygamie.
Dans certaines circonstances, l'épouse s'installait définitivement dans la demeure de son mari. Elle est alors la Dame du Nord : kita no kata.
Selon la date de naissance admise pour Murasaki, on constate que son union fut assez tardive, entre vingt et vingt six ans, ce qui est surprenant à une époque où le mariage des femmes se situait plutôt entre quatorze et quinze ans.
En 999 elle accoucha d'une petite fille qui sera ultérieurement connue sous le nom de Daïni-no-sammi et qui sera, elle aussi, une poétesse admirée pour l'élégance de son style. Certains commentateurs lui attribuèrent même la dernière partie du Dit du Genji, sans que ces assertions soient sérieusement confortées.
Deux ans plus tard, Fujiwara no Nobutaka décéda à la suite d'une épidémie sévissant dans la région. En 1001 Murasaki Shikibu se retrouva donc veuve avec une enfant en bas âge.
Nous perdons sa trace pendant quatre ans, puis nous la retrouvons en 1005 à la Cour impériale. Elle semble être préceptrice de la jeune impératrice Akiko, celle-ci ayant récemment épousé l'empereur Ichijô.
Lorsque ce dernier meurt en 1011, l'impératrice se retira et entra en religion. Murasaki la suivit en tant que Dame d'honneur. Ce déplacement s'effectua dans un contexte de religion mondaine qui ne se différenciait guère des fastes de la Cour que par quelques détails.
Nous perdons définitivement sa trace en 1014, année qui constitue probablement la date de son décès.
Le Dit du Genji fut donc écrit entre 1005 et 1014, ce qui représente une période courte et dense en regard de l'exubérance et de la densité de l'½uvre.
Il faut souligner ici la très grande différence existant entre les grandes épopées poétiques japonaises des temps archaïques : les naga-uta et les épopées romancées.
Les premières sont concises et foisonnent de symboles éloquents, les secondes sont très longues et se complexifient à l'infini à travers d'interminables descriptions et des péripéties innombrables.
Là encore, un étrange parallèle existe avec l'époque de Louis XIV.
En effet, le XVIIe siècle se caractérisa par des poésies ambitieuses et par des tragédies qui illustrent la quintessence de la littérature française. Quel écrivain contemporain pourrait sérieusement prétendre rivaliser avec Corneille, Pascal ou Bossuet ?
Mais ces chefs d'oeuvre sont généralement assez brefs. A titre d'exemple, une tragédie classique comporte généralement entre 1 500 et 2 000 vers.
A l'opposé, les grands romans précieux de l'époque s'éternisent parfois sur plus de 10 000 pages. Le plus célèbre d'entre eux étant Artamène ou le Grand Cyrus de Madeleine et Georges de Scudéry, une odyssée littéraire de... 13 000 pages !
Sans être aussi développé et labyrinthique que Le Grand Cyrus, le Dit du Genji est un long roman poétique à la structure complexe et lumineuse à la fois. Il incarne et exacerbe une qualité majeure : une effroyable lucidité quant à la complexité de l'âme humaine, ses recoins d'ombre et les quelques parcelles de lumière qu'elle exhale parfois.
Cette lucidité émeut, charme et fait peur.
Elle émeut, car notre poétesse fait surgir par moment des pans entiers d'humanité qu'une description presque chirurgicale accroît sans cesse, outrepassant ainsi les limites d'une sensibilité contenue et trop souvent normée.
Elle charme, car les descriptions presque pointillistes de telle ou telle parure, de tel ou tel arbre, s'harmonisent progressivement et créent en chacun de nous un sentiment ineffable. Délicatement ornées, ciselées par des mots soigneusement appariés, ces odes à la beauté deviennent cantiques, hymnes, symphonies.
Puis elles nous laissent pantelant le long d'un chemin imaginaire qui résonne durablement encore en suaves vibrations sensuelles.
Elle effraie aussi, car la méticulosité du propos révèle brutalement, par touches successives presque anodines, des abîmes jusque là soigneusement dissimulés par les comportements affétés. Le courtisan pérore, le geste s'affine, la mimique devient révélatrice. Et le subtil glacis impavide qui recouvre les corps et les émotions s'effrite alors. Parfois somptueuse, généralement triste et veule, la vérité éclot en petites touches presque impalpables.
Et la vérité fait souvent mal.
Le poète allemand Stefan George décryptait magnifiquement l'ambiguïté fondamentale de la poésie lorsqu'elle frôle le sublime. Il précise en effet : « L'essence de la poésie comme du rêve, c'est que le Moi et le Toi, l'Ici et le Là, l'Autrefois et le Présent coexistent et deviennent Un [...] La poésie a parmi les arts une situation particulière. Elle seule connaît le secret de l'éveil et le secret de la transition ». (De la poésie).
Or Murasaki Shikibu connaissait merveilleusement bien le secret de l'éveil et le secret de la transition.
Les commentateurs qui dissèquent le Dit du Genji depuis un millénaire n'hésitèrent point devant les anachronismes, les analyses idéologiques et les récupérations politiques.
Porté à bout de bras sur le grand théâtre du Monde, le Dit du Genji fut récupéré par des féministes qui assuraient que ce roman dénonçait la polygamie. Jouant sur les équivoques, les marxistes y virent une critique virulente des méfaits de la classe dominante (la lutte des classes au début du XIe siècle !), alors que les bouddhistes assurèrent que le prince Genji était un bodhisattva.
On compara même Murasaki Shikibu à Marcel Proust.
Eternel palimpseste réécrit par des thuriféraires ou de pales imitateurs désirant s'approprier une parcelle de gloire déchue, le Dit du Genji demeure un monument de la littérature mondiale et Murasaki Shikibu parvient encore à nous émouvoir, à nous attendrir. A nous émerveiller.
Cette jubilation permanente vient pour une large part de l'opposition singulière existant entre la simplicité de l'intrigue principale, c'est-à-dire la progression d'une catharsis visant à résoudre un drame provoqué par la jalousie, et l'effarante complexité des intrigues secondaires.
On découvre progressivement et patiemment ainsi les aventures amoureuses du prince Genji, de son beau-frère et de leurs descendants. L'intérêt de ces innombrables péripéties mettant en scène, femmes, épouses, maîtresses, filles, s½urs et servantes, réside dans le fait qu'elles sont illustrées, commentées et narrées, d'un strict point de vue féminin.
Le concept est savoureux car on s'échine à suivre les aventures de ces hommes qui portent des titres guerriers, mais dont la principale activité se satisfait de jeux galants, de traits d'esprit et de morceaux de musique habilement joués afin de charmer ces dames. Presque à la même époque, on retrouve étrangement cet esprit chevaleresque et raffiné en France, avec les chansons de gestes, les cours d'amour, et l'énorme succès des troubadours et trouvères.
Murasaki Shikibu nous transmet à travers les siècles un message émouvant et grandiose qui s'apparente à une sensuelle mise en abyme, puis, dans sa complexité apparente, le Dit du Genji provoque l'extase et fige définitivement une parcelle d'éternité.
Larme de cristal que l'on enchâsse cérémonieusement dans notre c½ur, cette émotion perdure depuis un millénaire.
Et nous devons fraternellement remercier Murasaki pour ce don divin en citant ce commentaire de René Char extrait de Fureur et mystère : « Nous n'appartenons à personne, sinon au point d'or de cette lampe inconnue de nous, inaccessible à nous, qui tient éveillé le courage et le silence ».
La poésie envoûtante s'exhalant du Dit du Genji symbolise idéalement ce point d'or qui tient éveillé le courage et le silence. Or tenir éveillé le courage et le silence est une obligation cruciale à notre époque. Vraiment cruciale.

Prochains articles :
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- L'odieuse étreinte de la Vierge de fer
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- Le temps du monde fini commence...
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- La gravitation quantique à boucles


Oksana & Gil
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# Posté le vendredi 16 octobre 2009 05:50

Nan Madol : la "Venise du Pacifique"

Nan Madol : la "Venise du Pacifique"
Certains lieux naturels sont empreints d'une beauté singulière qui semble totalement immarcescible, même si nous savons tous que ces espaces sont, bien au contraire, voués à l'éphémère et à la destruction.
Il en est de même pour certains lieux qui furent façonnés par l'Homme et dont les vestiges nous émeuvent par leur fragilité et leur respiration silencieuse. Une respiration en forme d'appel et de ressouvenance des temps anciens, des vies anciennes.
Des bonheurs anciens...
Nan Madol (que certains commentateurs affublent du surnom de « Venise du Pacifique ») revendique pleinement sont appartenance à ces sinuosités de notre mémoire collective que l'arrogance fébrile de notre époque ne peut éliminer.
Nan Madol est une ville en ruine qui se trouve dans la partie sud-est de l'île de Pohnpei qui constitue l'un des quatre États fédérés de Micronésie. Les trois autres sont : Chuuck, Yap (et ses étranges pièces de monnaies de pierre qui font parfois plus de... deux mètres de diamètre !) et Kosrae.
Pour mémoire, la Micronésie est plus globalement l'une des trois grandes zones de l'Océan Pacifique. Les deux autres étant la Mélanésie et la Polynésie. La Micronésie est à l'ouest de ce vaste océan et se situe à l'équateur (Kiribati par exemple) ou juste au-dessus. C'est le cas alors des îles Marshalls ou de Palau (désormais connu du grand public grâce à... Koh-Lanta !).
Pour en revenir à Nan Madol, c'est un site constitué d'une série d'îlots artificiels qui fut la capitale de la dynastie Saudeleur jusqu'aux alentours de 1500.
Le nom de Nan Madol, qui signifie « intervalles », fait référence aux canaux présents sur le site.
Nan Madol fut le siège cérémoniel et politique de la dynastie Saudeleur qui unifia la population de Pohnpei. Ce fut le lieu d'une activité humaine dès le premier ou le deuxième siècle de notre ère.
Au 8e siècle la construction d'îlots commença, mais l'architecture mégalitique n'a probablement évolué massivement qu'au début du 13e siècle. La tradition de Pohnpei prétend que les constructeurs du complexe Lelu sur Kosrae (composé également de vastes bâtiments en pierre) ont émigré à Pohnpei. Ils auraient alors utilisé leurs compétences et leurs expériences pour construire l'étonnant complexe de Nan Madol. L'un des principaux objectifs était de construire une ville séparée permettant d'isoler la noblesse de la population.
Le centre de Nan Madol fut donc essentiellement un lieu de résidence pour la noblesse et les activités mortuaires présidées par des prêtres.
Madol Powe, le secteur mortuaire de cette « Venise du Pacifique », comprend 58 îles dans la zone nord de Nan Madol. La plupart de ceux-ci sont des logements occupés autrefois par des prêtres. Certains îlots servaient à des fins particulières, comme la préparation de la nourriture, la construction de canoës et la préparation d'huile de noix de coco.
Aujourd'hui, Nan Madol constitue une zone architecturale couvrant plus de 18 km² et comprend : l'architecture de pierres construite sur un récif de corail plat le long de la côte de l'île de Temwen, plusieurs autres îlots artificiels et le littoral de la grande île voisine de Pohnpei.
En raison de son caractère labyrinthique, cyclopéen et mystérieux, Nan Madol cristallisa tous les fantasmes. Certains exégètes pensent que Nan Mandol a inspiré à H. P. Lovecraft la ville en ruine de R'Lyeh, dans le Mythe de Cthulhu. Par ailleurs, les ruines de Nan Madol sont utilisées comme cadre par Abraham Merritt dans « Le Gouffre de la lune », où les îles sont appelées Nan-Tauach et les ruines sont appelées les Nan-Matal.
Au-delà du mythe, Nan Madol demeure une parenthèse étrange et facinante pour celles et ceux qui s'aventurent au sein de ce dédale de roches soigneusement taillées et empilées par un titan débonnaire.
Dans la réalité, les bâtisseurs n'eurent pas à tailler la roche. En se refroidissant la lave se fissure avec une rigueur géométrique et façonne des colonnes à pans coupés, mais il fallut les extraire de la montagne, puis transporter ces poutrelles de pierre dont certaines pèsent jusqu'à 50 tonnes et qui furent soigneusement ajustées les unes aux autres.
Nan Madol fut étrangement désertée sans que l'on sache pourquoi. Est-ce la maladie, la famine ou l'inexorable montée des eaux ?
Mais quelle que soit l'origine de cet exode en forme d'épitaphe, au sein des ruines de Nan Madol résonne toujours l'écho d'une civilisation oubliée.
La légende raconte que Nan Madol ne serait que le reflet d'une autre cité qui repose au fond du lagon. Celle-ci serait intacte alors que Nan Madol se désagrège sans que les habitants de l'île s'en émeuvent comme s'il était inutile de retenir à flots ces radeaux de pierre. Trop étranges pour y trouver de quoi s'enorgueillir ; trop différents de leur propre culture pour ne pas s'effrayer de cette dépouille abandonnée par une autre civilisation.
C'est probablement pour cette raison que Nan Madol s'effacera sans avoir été révélée. Personne ne l'a reçue en héritage.
Et c'est vraiment dommage...

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Oksana & Gil
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# Posté le lundi 12 octobre 2009 07:58